MZTV Museum of Television
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Pourquoi cette collection?

Moses Znaimer

Président du Conseil et producteur exécutif du Musée MZTV

Extrait du catalogue de l'exposition intitulée Devant le petit écran : téléviseurs et souvenirs du Musée MZTV.

Qu'est-ce qui peut bien pousser les gens à faire une collection? On a répondu à cette question de nombreuses façons. Plusieurs suggèrent divers types de névroses : les collectionneurs, parce qu'ils se sentent étrangers au monde qui les entoure, collectionnent afin de créer leur propre réalité; ils le font sous l'emprise d'une jalousie sadique afin d'empêcher les autres de s'approprier ces objets; ils agissent ainsi dans le but de se montrer supérieurs et de prendre le contrôle.

Éternel optimiste, je préfère une interprétation plus positive. Une société se transforme en culture lorsqu'elle commence à démontrer de l'intérêt dans la préservation de son passé. L'envie de saisir la signification du monde en créant des catégories est à la source du savoir, des bibliothèques et des musées. Chez le collectionneur, cette envie de comprendre et de transmettre, ce désir d'enseigner, peut être très développée.

En ce qui me concerne, l'élément déclencheur fut la beauté d'un Predicta de Philco pour lequel j'eus le coup de foudre. Je me trouvais alors dans le bureau de Peter Goldmark. Ce dernier avait inventé le disque 33 tours et était maintenant à la tête des laboratoires de CBS. J'y étais dans le but de voir cette nouvelle merveille de la technologie qu'était le système de cartouche EVR 8mm. Ce système promettait d'être à la vidéo amateur ce que le microsillon avait été à l'audio. Toutefois, je m'aperçus que je ne pouvais quitter des yeux un "vieux" téléviseur qui se tenait dans le coin tel une sentinelle, une imposante sculpture. Hélas, le EVR fit son apparition au même moment que la bande ré-enregistrable, et CBS dut enregistrer l'un des plus grands échecs de son histoire. Par contre, j'emmenai avec moi ce téléviseur, le plus beau qui fut jamais construit, en guise de symbole de ma conviction que la télévision pouvait être un art. Elle allait devenir mon art.

Désormais passionné, j'entrepris d'acquérir d'abord un autre poste, ensuite un deuxième, puis finalement quelques autres, cherchant à obtenir les plus rares et les plus anciens. J'éprouvais toutefois de la difficulté à les trouver. Soudain, je compris pourquoi. L'omniprésence de la télévision, qui nous avait conduits à une certaine indifférence, en était précisément la cause. La banalisation de la télévision a entraîné la dévaluation et la destruction de ces appareils sacrés. C'est pourquoi je me mis à conserver les plus importants de ces totems, jalons de la technologie, du marketing ou du design, ces parties vivantes du mobilier, non seulement dans le but désinvolte de les garder, mais aussi dans le but plus pressant de les sauver de l'extinction. On retrouve dans le monde moins de téléviseurs d'avant-guerre que de Stradivarius.

Aujourd'hui, moins de 70 ans après son invention, la télévision est devenue le critère sur lequel repose la mémoire de l'homme, des nations et du monde. La télévision est présente dans plus d'endroits que ne l'est le téléphone ou la salle de bains intérieure. On compte plus d'un milliard de téléviseurs, soit environ un appareil pour chaque quatre ou cinq habitants de la planète. Et pourtant, peut-être la chose la plus remarquable en ce qui concerne la télévision, c'est que cette machine renversante est considérée comme un simple appareil ménager. Paradoxalement, malgré l'effet incomparable de la télévision sur nos vies, on n'a à peu près pas tenu compte de l'histoire de la conception et de la fabrication des récepteurs.

Nous espérons que les téléviseurs évoqueront de la nostalgie chez les gens de tous les âges. Quelques-uns se souviendront des expériences des premières diffusions pendant les années 30. De vieux souvenirs d'émissions pour enfants, d'événements majeurs du domaine des sports, du spectacle ou de la politique seront éveillés par les appareils en bakélite verni des années 40. Le téléviseur a évolué. Du symbole d'abondance qu'il était dans les années 50, il devint une nécessité pour toutes les familles au cours des années 60 et 70. Par la même occasion, il devenait le reflet de l'évolution du décor nord-américain et nous révélait un peu l'attitude adoptée face à la technologie au cours de cette même période.

On croit que plusieurs des pièces de la collection sont uniques, particulièrement le «Phantom Teleceiver» de l'Exposition universelle de 1939, et la première vedette de la télévision, «Félix le Chat» D'autres modèles d'avant-guerre comme la «Televisor» de Baird et «l'Octagon» de Alexanderson sont extrêmement rares.

Je crois que le monde entier se rend soudainement compte de l'importance de l'épopée de la télévision; et d'ici peu, aucune collection de matériels ou de logiciels, aucune collection de mode ou de machines ne sera considérée complète sans une présentation de ces boîtes qui nous firent découvrir le monde dans un flot perpétuel.